Mai 68 et après

Publié le par intoxikinfo.over-blog.com

« Dans l’éducation, quelle qu’elle soit – dans les familles ou à l’école – contrairement à ce qui va s’inscrire dans ce qu’on a appelé la rénovation pédagogique après 68, il y a une formidable part d’héritage traditionnel. La langue est transmise (tradition vient de transmettre) par les parents ou par les maîtres. Or, ce qui s’est passé dans la rénovation pédagogique de l’après-68, c’est qu’on a multiplié les méthodes et exercices pédagogiques pour essayer de valoriser la créativité, l’inventivité, la spontanéité de l’enfant. Ca part de très bonnes intentions. On oubliait juste que les enfants ne peuvent apprendre un certain nombre de choses – dont la langue maternelle, dont la civilité – que comme un héritage transmis. Et toute l’idéologie post-soixante-huitarde dans l’école va reposer sur l’idée d’auto-construction des savoirs. On part de l’idée qu’il faut des auto-dictées plutôt que des dictées, des textes d’invention plutôt que des rédactions, de l’observation sur documents plutôt que des cours magistraux... Et dans notre école aujourd’hui, en raison de cet héritage de Mai, dans ces deux domaines que sont la civilité et la maîtrise de la langue écrite comme orale, nous sommes en très grande difficulté. [...] Ma grand-mère, qui était directrice d’école, n’aurait jamais imaginé une seconde que l’illettrisme deviendrait en France un problème majeur. » 


« La révolution de Mai est faite par le grand capital. C’est d’ailleurs tout à fait dans la lignée d’une interprétation marxienne. Réfléchissez à ce que j’appelle les contradictions intellectuelles et morales du capitalisme aujourd’hui. Parce que Mai 68 a été aussi une révolution de futurs consommateurs qui changeront de portables tous les six mois. La consommation, c’est l’addiction. L’idéal de la société marchande, c’est quelqu’un qui, comme un drogué, augmente les doses et rapproche les prises. C’est la définition du client idéal d’un supermarché. Pour le faire consommer sans entraves, il faut casser les valeurs traditionnelles, spirituelles, morales et culturelles. Mai 68 a été ce moment de destruction, de déconstruction des valeurs traditionnelles qui freinaient la consommation. Ce n’est pas un hasard si la plupart des soixante-huitards se sont retrouvés dans l’univers de la consommation, au MEDEF, dans les assurances ou à la tête de journaux et d’entreprises. »


Luc Ferry, Le Nouvel Observateur, 31 janvier 2008

 

Source: David l'épée/Côté rue

 


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