LA LUTTE DES CLASSES SELON CÉDRIC KLAPISCH

Publié le par intoxikinfo.over-blog.com

                      Chacun veut sa part du gâteau

Il s’appelle Stéphane, mais on dit Steve, sur le floor en tout cas, où ce quarantenaire à crocs et à cran est un trader qui fait fermer des sociétés comme il avale son café-crème. Elle s’appelle France, vient de se faire virer d’une PME de Dunkerque –par sa faute, bien entendu- et devient, à Paris, sa femme de ménage et le miroir de ses tares. Ma part du gâteau sort mercredi en salles, et la nouvelle comédie –sociale, donc- de Klapisch divise les critiques.

J’ai toujours pensé que faire un film sur un ‘sujet d'actualité’ n'est a priori pas une bonne idée» raconte Klapisch. Le réalisateur de L’auberge espagnole, Riens du tout, Paris, entre autres nombreux opus savoureux, a changé d’avis. Pour dénoncer, reprend-il. «Car dans ce monde qui change violemment, l'industrie n'est plus une valeur. Fabriquer n'est plus une richesse. Ce qui compte ce sont les flux, les mouvements: la virtualité vaut plus que la réalité.»

Klapisch invente donc «Monsieur Stéphane», comme l’appelle sa femme de ménage, un personnage de trader cynique, campé brillamment par Gilles Lellouche, acteur caméléon qui endosse volontiers le rôle du méchant.Pour l’écrire, Klapisch a observé ceux de cette espèce qui font la pluie et le beau temps à la City de Londres, tout comme il est allé à la rencontre des ouvriers de Dunkerque pour décrire le milieu dans lequel France élève ses trois filles.


Rencontre improbable, impossible c’est vrai, entre deux personnages qui ne croquent pas la même part du gâteau.La lutte des classes selon Klapisch : le concept ne plaît visiblement pas à tout le monde.Certains critiques le trouvent caricatural, convenu, ou les deux. Je dirais qu’il assume son statut d’œuvre de fiction –et son côté «puéril», confesse le cinéaste lui-même- et nous fait rire, parfois jaune, des conséquences désastreuses du capitalisme, tout simplement.

Karin Viard, la vieille copine de route de Cédric Klapisch, incarne à merveille l’héroïne moderne qu’il met en scène, «une héroïne qui nettoie les chiottes, mais une héroïne quand même!» revendique la divine Karine. Une anti-Pretty Woman qui ne couchera qu’une fois avec son patron… Pas ou peu d’espoir pour France, et aucune rédemption possible pour Steve, dans ce film où le rapport entre les dominés et les dominants ne s’inverse pas, et pour cause: il faut faire du cinéma pour avertir, pas seulement pour divertir, dit le cinéaste, comme pour s’excuser.
Les ficelles sont énormes, mais c’est aussi cela qui fait le charme de ce film simple au message brutal. La chute encore davantage, mais elle n’en est que plus savoureuse. Klapisch met en scène nos fantasmes inavoués dans une fin «lyrique malgré sa cruauté» -le mot est de Karin Viard. Prenez donc votre Part du gâteau.

Juliette Serfati

Source: Gala.fr

Publié dans Littérature

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